PAROLE D'INVESTISSEUR.SES : ALEX GUILLUY
NOUS DONNONS LA PAROLE A NOS SOCIÉTAIRES ET INVESTISSEUR.SES !

Alexandre Guilluy a cofondé et présidé les Alchimistes pendant les neuf dernières années. Il a 46 ans, est marié, a deux enfants, et vient d'un petit village du Pas-de-Calais, dans le Nord de la France. Il a travaillé avec les enfants des rues de Rio et Calcutta et a dirigé une structure d’insertion professionnelle. Il habite à Aouste-sur-Sye, dans la Drôme, depuis trois ans.
Villages Vivants : Bonjour Alex ! Tu es sociétaire de Villages Vivants, peux-tu nous dire pourquoi tu as choisi d'investir pour notre coopérative, quel a été le déclic et l'histoire derrière le passage à l'acte ?
Alexandre GUILLUY : Je crois profondément que la décroissance de l'économie est souhaitable et nécessaire, et je crois que la plupart des défis sociaux et environnementaux d’aujourd’hui se passent à la campagne. Si on regarde le stockage carbone, la biodiversité, la gestion de l'eau, la gestion des sols, la question des inégalités, de la connaissance de l'un et de l'autre… je pense qu'il y a plus de chances que ça fonctionne bien à la campagne qu'à la ville.
C'est d'ailleurs pour ça qu'on a quitté avec ma famille la métropole parisienne pour la campagne. Un des enjeux essentiels quand on est à la campagne c'est évidemment le boulot, mais en deuxième lieu c'est la sociabilité, c'est rencontrer des gens, des copains, s'implanter dans les villages. Et pour faire ça c'est plus simple quand il y a des lieux communs, des lieux de rencontre, des commerces, des endroits vivants. Et c'est ce que finance Villages Vivants. Et puis d'un point de vue beaucoup plus concret et rationnel, c'est un investissement avec un sous-jacent immobilier. Je ne dis pas que ça enlève tout le risque, mais ça le limite de manière relativement importante.
Pour moi, ce que fait Villages Vivants, c'est ce qu'il faut faire pour proposer une vie apaisée, heureuse et sereine. Donc c'est là qu'il faut mettre l'argent.
VV : En quoi le projet de la coopérative Villages Vivants résonne-t-il avec ton propre engagement ou parcours ?
AG : J'ai quasiment toujours travaillé dans des endroits où il y avait une sorte d'équilibre entre efficacité économique, impact social et impact environnemental, le “triple bottom-line” comme disent les anglais. J'ai l'impression que c'est ce triple bilan qui est extrêmement présent dans ce que fait Villages Vivants.
Quand j'investis chez Villages Vivants, c'est parfaitement aligné avec mes choix professionnels, depuis toujours : quand j'ai développé les Alchimistes par exemple, qui fait du compostage dans les villes, c'était toujours avec cet équilibre entre l'efficacité économique, l'impact social et l'impact environnemental. Et je pense qu'une entreprise ne devrait pouvoir être que ça.
Une entreprise, aujourd'hui, c'est encore trop souvent enrichir son actionnaire et très souvent provoquer des externalités négatives pour le reste de la société. Donc, en gros, c'est privatiser les profits et socialiser les pertes. Et ça, ce n'est absolument pas tenable ni économiquement ni moralement.
Donc chez Villages Vivants, comme chez les Alchimistes et pas mal d'autres entreprises sociales, l’objectif est d’avancer sur ce chemin de crête entre ces 3 objectifs. Au passage, c ‘est intellectuellement plus ambitieux et satisfaisant que de vendre des sacs à main à 5000 balles !
VV : Pourquoi est-ce important et comment, selon toi, on pourrait faire grandir en nombre la communauté Villages Vivants ?
AG : Ce que fait Villages Vivants, c'est vraiment dans le sens de l'histoire. Donc ça va marcher, c'est une évidence pour moi !
Après, comment on convainc un maximum de personnes et comment on le fait vite surtout, avant que nos villages meurent… Est-ce que c'est avec des gens connus qui en parlent ? Ou des gens plutôt engagés sur les enjeux environnementaux ? Ou des gens qui sont plutôt rassurants du point de vue de leur profil d'investisseur économique ? Ça, je ne sais pas, mais on dit que rien n'arrête une idée dont le temps est venu, et je pense que l'idée de Villages Vivants est venue…
VV : À ton avis, quel est le rôle de l'immobilier solidaire dans la revitalisation des territoires ruraux, au niveau social, écologique, économique ?
AG : Pour vivre bien à la campagne, il faut avoir un boulot et des copains. Et l'immobilier solidaire permet de recréer de la vie dans des endroits qui sont en déprise et qui ont vraisemblablement un avenir. Mais quand le village a perdu son dernier commerce, ça devient un village mort et là, tout le monde a envie de s'en aller. Personne n’a envie d'arriver dans un village qui n'a pas de commerce.
Je pense que l'avenir est au village, l'avenir est à la campagne. Pour tous les villages, aujourd'hui, c'est essentiel de garder de la vie en attendant ce rebond démographique qui a déjà largement démarré. 82% des français.es préféreraient vivre à la campagne. Et ça n’a rien d’étonnant. Le vrai luxe aujourd’hui, c’est l’espace, des relations d’amitiés fortes, une biodiversité riche, de l’eau de qualité, …
VV : Un lieu que tu rêverais de voir revivre grâce à Villages Vivants ?
AG : Je suis très attaché au patrimoine industriel. Ce qui a été fait à Crest, transformer une ancienne usine en espace tertiaire et d'accueil et de café, etc., je pense que c'est très bien vu.
Les bâtiments du patrimoine industriel sont des lieux emblématiques, pour lesquels il y a de l'attachement. On a en tête que l'industrie, c’est polluant, sale, etc. Mais c'est aussi quelque chose de nécessaire pour la cohésion sociale. Et aujourd'hui, on est devenu absolument dépendant des pays étrangers sur l'essentiel de ce que l'on fabrique. C’est dramatique pour l’emploi et ça délocalise la pollution.
La transformation du patrimoine vers d'autres usages ou la relocalisation d'industrie propre et d'industrie de demain dans les villages, ça me parle beaucoup. Ça me toucherait beaucoup de voir Villages Vivants faire revivre ce patrimoine industriel.
VV : À quoi ressemble pour toi le village idéal ?
AG : C'est marrant, c'est la question qu'on se pose aujourd'hui à Aouste-sur-Sye avec l’approche des municipales : qu'est-ce qu'on souhaite pour son village ? Et ce n'est pas une question facile.
Il y a un label qui s'appelle “les plus beaux villages de France”. Moi, j'aurais envie que mon village soit “le plus bon village de France”. Ce serait un village où il fait bon vivre, où les gens se connaissent et se respectent, où il y a de la vie, des commerces, de la fête, des endroits de rassemblement. Que tout le monde ne soit pas d'accord, c’est naturel. Mais que les gens qui ne sont pas d'accord soient en capacité de se parler de manière sereine et constructive. Pour moi, c'est ça le plus bon village de France, avec toutes les classes d'âge et profils professionnels.
Aujourd'hui et depuis que les agriculteurs sont partis, la campagne en France rassemble majoritairement des personnes âgées. Donc le village idéal permettrait de recréer de la vie, recréer du commerce, recréer des écoles et des enfants pour égayer les rues. Il y a déjà plein d'endroits, comme ici dans la Vallée de la Drôme, où ça ressemble déjà beaucoup à mon village idéal. Et si ça marche ici, pourquoi ça ne pourrait pas marcher à d'autres endroits ? Il faut accompagner ça.
VV : Une phrase ou un mot qui résume pour toi Villages Vivants ?
AG : Village Vivant, c'est l'avenir !
